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L’OPI veut aider les petites industries à entrer dans l’ère 4.0

L’industrie est en train de vivre une transformation rapide, sous l’effet de plusieurs technologies: internet des objets, machines intelligentes, fabrication additive, etc. L’une des missions de l’Office de promotion des industries et des technologies, à Genève, est justement de conseiller et d’accompagner les entreprises du canton dans leur développement.

Entré en fonction le 3 avril 2018, Frédéric Dreyer, son nouveau directeur, nous explique comment il compte le faire.

Pour les sous-traitants de dix employés, le discours sur l’industrie 4.0 paraît souvent très théorique. Comment comptez-vous les aider à prendre ce tournant?

Les petites entreprises se sentent interpellées par ce sujet, mais ne savent pas comment l’empoigner concrètement. Depuis que j’ai pris mes fonctions, j’ai rencontré une centaine d’entrepreneurs et je leur ai posé deux questions. D’abord: «Que signifie pour vous l’innovation?». Les directeurs des PME répondent souvent: «Ce n’est pas pour moi, je n’ai pas de département R&D, j’y vais aux tripes». Puis: «Avez-vous entendu parler de l’industrie 4.0?». Ils répondent que oui, mais qu’ils ne voient pas quel impact cela aura sur leurs affaires.

Que leur répondez-vous?

Que ce sont des questions extrêmement importantes, que tout est en constante évolution et qu’ils doivent s’approprier les technologies et les outils tels que le machine learning, la smart factory, les réseaux intelligents ou l’internet des objets pour assurer la pérennité de l’entreprise. 

Mais ils n’en ont pas les moyens…

C’est pour cela que nous avons commencé à développer des groupes de travail communautaires autour de sujets liés à la transformation de l’industrie. Une PME qui aimerait explorer un sujet sans en avoir les moyens peut le faire au sein d’un de ces groupes, de manière collaborative. Ils réuniront de huit à quinze entreprises, des experts issus des Hautes écoles et de grandes entreprises, ainsi que des coachs. Les participants y trouveront toutes les informations qui peuvent leur permettre de comprendre le sujet, ainsi que des outils et des bonnes pratiques. Nous pourrons ensuite les accompagner plus loin, dans leur quotidien, pour adapter ces outils. C’est un type de fonctionnement qui existe déjà dans des projets européens. L’idée est de l’adapter à l’échelle cantonale, industrielle, pour répondre aux besoins des entreprises.

Comment ces groupes sont-ils financés?

Par des fonds publics et par souscription auprès des membres. C’est une formule gagnant-gagnant. Les entreprises qui y souscrivent auront accès, à peu de frais, aux recherches les plus avancées et recevront des outils pratiques pour intégrer ce qu’ils apprennent au sein de leur entité. De l’autre côté, les experts industriels sont rémunérés en direct et ceux des hautes écoles grâce à des ressources telles que les financements européens ou les projets de type Innosuisse. Ces derniers sont destinés à des plans d’une certaine envergure, qui, dans la plupart des cas, restent hors de portée d’un sous-traitant de petite taille et seul. S’il s’associe à d’autres entreprises au sein de notre groupe de travail, les conditions d’accessibilité sont en revanche optimales.

Des groupes de travail ont-ils déjà commencé à travailler?

Oui. Le premier a débuté en juillet avec la participation de huit entreprises, qui travaillent sur la thématique de l’employabilité et des métiers du futur. Des technologies telles que les robots collaboratifs, dits CoBots, ou l’intelligence artificielle auront un impact sur les emplois, mais en créeront tout autant. Leur adoption est une tendance naturelle, mais nous devons nous préparer, nous organiser, pour garantir l’employabilité de nos collaborateurs, qui travailleront autrement.

Le deuxième groupe sera lancé en novembre et traitera du contrôle qualité automatisé et prédictif pour des produits manufacturés.  A l’heure actuelle, la qualité esthétique des montres est, dans la plupart des cas, contrôlée à l’œil humain. Ce contrôle n’est donc pas objectif et peut donner lieu à des variations. Il est beaucoup plus rapide et fiable d’automatiser cette tâche grâce à l’intelligence artificielle et au machine learning. Les pièces sont examinées par un lecteur optique et comparées avec les images d’une base de données. L’horlogerie a été la première à s’intéresser à cette technologie, mais on peut l’appliquer dans d’autres industries, pour le contrôle de phénomènes physiques.

Nous souhaitons également lancer un groupe de travail sur l’entreprise du futur (comment optimiser l’occupation du bâtiment, comment construire un bâtiment intelligent, etc.). Cela prend tout son sens dans le cadre du projet PAV, qui entraînera de nombreux déménagements d’entreprises. D’autres thèmes pourraient suivre: la cybersécurité, la sécurité et la traçabilité, notamment à l’aide de la blockchain. Ce sont des projets bottom-up. Nous avons également des projets top-down, pour lesquels nous allons faire appel aux compétences de l’écosystème industriel de la région. Il n’y en aura pas beaucoup: entre deux et quatre sur quatre ans.

Un exemple?

Les drones-taxi. L’OPI pilote en Suisse le projet soutenu par la commission européenne qui va étudier la possibilité de développer un drone destiné au transport urbain de personnes, adapté à notre environnement citadin. Notre pays est à la pointe en matière de drones. Nous avons plus de quatre-vingts entreprises spécialisées dans cette industrie et sommes pionniers en matière de régulation. Un bon exemple de l’efficience de ces engins: aujourd’hui, au Tessin, on en utilise pour transporter des échantillons de laboratoire entre deux hôpitaux. Le projet de faisabilité des drones-taxi implique six villes en Europe.

Vous avez aussi annoncé un projet de navettes autonomes…

Oui. Il en existe déjà plusieurs en Europe. La particularité du nôtre, Echosmile, est qu’il consiste à proposer des navettes collectives et autonomes, à la demande et sans arrêt fixe. Vous finirez votre réunion et commanderez une navette sur l’application mobile, qui vous annoncera que le véhicule arrivera dans cinq minutes. La ZIPLO et le technopôle d’Archamps serviront de zones test. Le projet est financé par des fonds Interreg et a comme objectif final de proposer un passage transfrontalier. Nous allons lancer ce projet en octobre sur un lieu emblématique: la douane de Bardonnex, qui est la plus chargée d’Europe.